Mai 30, 2026

L’ONG JAL et PROLAC-Niger organisent des clusters territoriaux à Diffa /  Pour structurer et moderniser la filière poisson dans les communes de Diffa, Kablewa et N’Guigmi
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L’ONG JAL et PROLAC-Niger organisent des clusters territoriaux à Diffa / Pour structurer et moderniser la filière poisson dans les communes de Diffa, Kablewa et N’Guigmi

L’ONG Jeunesse Action et Leadership avec l’appui financier du Projet de Relance et de Développement de la Région du Lac Tchad (PROLAC-Niger) a démarré depuis le 4 mai 2026 des actions de structuration des acteurs de la filière poisson en clusters territoriaux dans les communes de Diffa, Kablewa et N’Guigmi. Selon le président de l’ONG JAL M. Tcherno Ali Diallo, cette initiative a pour but de structurer les acteurs de la filière poison dans ces localités afin de moderniser leur secteur d’activité et concourir à un développement économique et durable du Niger.   

Cette activité inscrite dans le Plan de Travail et Budget Annuel 2026 du PROLAC-Niger, vise à renforcer durablement les capacités techniques, organisationnelles et entrepreneuriales des acteurs intervenant dans la chaîne de valeur halieutique. Le tout pour déboucher à un objectif majeur qui consiste à créer des organisations économiques fortes capables d’améliorer la production, la transformation, la conservation et la commercialisation du poisson dans cette région stratégique du Niger.

Pour rappel, la région de Diffa, située à l’extrême Est du Niger, est considérée comme l’un des greniers de l’économie du Niger avec une ‘’filière poisson’’ qui apparaît aujourd’hui comme l’un des secteurs les plus prometteurs pour la relance économique locale et la consolidation des moyens de subsistance des populations vivant autour du bassin du Lac Tchad. Malgré les nombreuses contraintes sécuritaires et logistiques auxquelles elle fait face depuis plusieurs années, cette activité continue de jouer un rôle central dans l’économie régionale et au-delà, dans l’économie nationale.

A noter que la mise en œuvre de cette initiative reposera sur une méthodologie participative articulée en quatre phases : préparation et mobilisation, constitution des clusters, renforcement des capacités et consolidation des acquis. Les autorités communales, les services techniques déconcentrés et les organisations locales seront étroitement associés à toutes les étapes du processus.

La région de Diffa constitue en effet l’un des principaux bassins halieutiques du pays. Grâce au Lac Tchad, à la rivière Komadougou Yobé ainsi qu’à plus de soixante mares permanentes et semi-permanentes, cette zone dispose d’importantes ressources aquatiques. Selon les responsables de cette initiative, le secteur de la pêche y a généré en 2024 plus de 32 milliards de francs CFA avec une production estimée à 20 500 tonnes de poissons fumés, soit plus de 70 % de la production nationale.

Au niveau national, la production halieutique du Niger est passée de 46 002 tonnes en 2020 à 48 100 tonnes en 2023. Cependant, malgré cette progression, la consommation moyenne demeure faible, avec seulement 1,9 kilogramme de poisson consommé par habitant et par an contre une moyenne sous-régionale estimée à 10 kilogrammes. Cette situation montre l’existence d’un vaste potentiel de croissance du marché intérieur. Chaque année, le Niger importe d’ailleurs plus de 8 000 tonnes de poisson afin de satisfaire la demande nationale.

Une filière confrontée à de nombreux défis

Malgré ces performances encourageantes, la filière poisson reste confrontée à plusieurs difficultés majeures qui limitent son développement. L’insécurité liée aux attaques des groupes armés dans le bassin du Lac Tchad a fortement réduit les zones de pêche accessibles et perturbé les circuits commerciaux traditionnels. A cela s’ajoutent l’enclavement de la région, la dégradation des infrastructures routières ainsi que les difficultés de transport des produits halieutiques vers les grands centres de consommation.

Sur le plan technique, les acteurs de la filière souffrent également d’un manque d’équipements modernes de transformation et de conservation. L’absence de fumoirs améliorés, de chambres froides ou encore de séchoirs solaires entraîne d’importantes pertes post-capture estimées entre 20 et 40 % de la production. De plus, la faible structuration des organisations professionnelles, l’insuffisance de gouvernance intégrée et les difficultés d’accès au financement réduisent la compétitivité du secteur.

Face à ces constats, le PROLAC-Niger à travers l’ONG JAL propose une approche innovante basée sur les clusters territoriaux. Cette démarche consiste à regrouper, au sein d’un même territoire, les différents acteurs de la chaîne de valeur : pêcheurs, transformateurs, commerçants, transporteurs, fournisseurs d’intrants et institutions d’appui. L’objectif est de favoriser les synergies, la mutualisation des ressources et la création d’un environnement favorable à l’innovation et à la compétitivité.

Selon les responsables du projet, cette approche présente plusieurs avantages. Elle permettra notamment de réduire les coûts de production et de transaction, de renforcer le pouvoir de négociation des acteurs face aux intermédiaires, de faciliter l’accès au crédit grâce à des mécanismes de caution solidaire et d’encourager le partage d’expériences entre les différents maillons de la filière.

Trois clusters pour dynamiser l’économie halieutique

Dans le cadre de cette mission, trois clusters territoriaux halieutiques seront créés, soit un dans chacune des communes ciblées : Diffa, Kablewa et N’Guigmi. Chaque cluster sera structuré autour de plusieurs sous-groupes correspondant aux différents segments de la chaîne de valeur, notamment la production, la transformation, la commercialisation et les services d’appui.

Au-delà de la structuration institutionnelle, le projet prévoit également un important programme de renforcement des capacités. Au moins 90 acteurs, à raison de 30 par commune, bénéficieront de formations pratiques sur les techniques améliorées de fumage, de séchage, de conditionnement, de conservation et de commercialisation du poisson. Les bénéficiaires seront aussi formés sur les techniques de fixation des prix, le marketing et l’utilisation des outils numériques.

Une attention particulière sera accordée à l’inclusion des femmes et des jeunes dans les instances de gouvernance des clusters. Cette orientation s’inscrit dans la volonté du PROLAC de promouvoir un développement inclusif et durable dans la région du Lac Tchad.

Par ailleurs, chaque cluster disposera d’un plan d’affaires collectif et d’un règlement intérieur élaborés de manière participative. Les organisations seront également mises en relation avec des institutions de microfinance et des programmes d’appui afin de faciliter leur accès aux financements nécessaires au développement de leurs activités.

A travers cette initiative, l’ONG JAL avec l’appui de son partenaire, le PROLAC-Niger ambitionne de transformer la filière poisson en un véritable levier de développement économique local dans le bassin du Lac Tchad. 

Au-delà de la seule dimension économique, la structuration des acteurs de la filière halieutique est perçue pour le président de l’ONG JAL M. Tcherno Ali Diallo, comme une réponse concrète avec un impact directe pour faire face aux défis de stabilité, de sécurité alimentaire et de développement durable dans la région de Diffa.

Adamou H. Barmou